Tracteurs

Zetor délocalise : fin de la production tchèque

Pour ses 80 ans, Zetor s’offre un aller simple vers l’Asie : elle cessera de produire des tracteurs dans le pays qui l’a vu naître, la République tchèque.

Fondée en 1946 à Brno — alors en Tchécoslovaquie —, ce fleuron de l’industrie s’est distingué tout au long de son parcours par ses tracteurs robustes, relativement fiables et d’une grande simplicité. Sur le papier, toute exploitation céréalière ou spécialisée, tout élevage ou entreprise de travaux agricoles dans la seconde moitié du XXe siècle pouvait acquérir un Zetor : l’offre coïncidait alors avec la demande et les outils employés. Avec des produits sérieusement construits, Zetor a trouvé un écho bien au-delà de l’Europe, avec un réseau de distribution en Amérique et jusque en Australie. La marque exportait dans près de 130 pays et, fait intéressant, John Deere a même fait produire certains de ses tracteurs sous licence par Zetor en 1993, pour proposer une gamme économique sur certains marchés. Un accord qui sera rompu en 1996. Zetor a connu ses heures de gloire, y compris en France grâce à un réseau de petits concessionnaires et, jusque dans les années 1990, grâce à l’importateur Motokov France. La suite a été plus confidentielle. Dernier écho en date : en août 2018, nous annoncions la réimplantation de Zetor France dans le Bas‑Rhin, au sein d’une pépinière industrielle. Cela n’aura été que de courte durée.

Les choses ont bien changé. L’agriculture s’est modernisée, les surfaces cultivées se sont agrandies, et les outils aussi. Les constructeurs ont fait évoluer leur offre en puissance, en confort et en technologies, à moins de miser sur une particularité technique ou sur le prix. Le réseau de distribution s’est lui aussi professionnalisé. Le nombre de points de vente a fondu depuis les années 1990, ne subsistant que sous la forme d’unités fortes, de représentants de marques « full‑liner » qui investissent dans leurs produits et dans la communication.

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À l’inverse, Zetor continue de miser sur des tracteurs de faible puissance (ndlr : de 18 à 170 chevaux) et sur un choix mécanique limité, visant toujours ce bon rapport qualité/prix, prisé par les petites et moyennes exploitations. Rien n’a vraiment changé, si ce n’est un design un peu plus moderne de ses produits et un réseau de distribution qui s’est considérablement réduit. Zetor se fait aussi plus discrète lors de nombreux événements importants, laissant peu à peu sa place à d’autres marques venues principalement d’Asie. Elles aussi misent sur ce bon rapport qualité/prix tout en s’appuyant sur des outils industriels rentables. C’est pourquoi la marque tchèque, qui ne produit plus qu’environ 1 500 tracteurs par an alors qu’elle disposait d’une capacité de 20 000 unités, voit son salut à l’Est. « Construire des tracteurs en faibles ou moyens volumes en Europe n’a plus de sens dans les conditions actuelles », a déclaré dans un communiqué le directeur des opérations, Robert Harman. « La question des coûts et de la compétitivité fait débat au sein de l’Union européenne, alors que le continent subit un désavantage face aux États‑Unis et à la Chine en raison de prix de l’énergie nettement plus élevés. »

Zetor souligne également que les matériaux sont 30 à 35 % moins chers en Chine ou en Inde et que de nombreux fournisseurs ont déplacé leurs activités d’Europe vers l’Asie, ce qui renchérit ses coûts d’importation. Sans fournir de détails précis, le groupe a ajouté que son plan de production pour cette année ne serait pas affecté. Le transfert de la production vers l’Asie, d’abord vers son partenaire indien VST entraînera la suppression de 33 emplois en République tchèque, tandis que les équipes en charge des services, de la logistique, des ventes, du marketing et d’autres activités resteront au siège du groupe dans le pays.

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