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[A LA LOUPE] Le Wagner WA14 du Collectors Club ERTL

C’est en s’inspirant d’une chargeuse sur pneus et d’engins forestiers que Eddie Wagner et ses six frères allaient tracer la voie à de grandes marques qui lui ont succédé. Premier tracteur articulé de série né en 1954, le tracteur Wagner intéressera rapidement la concurrence, qui ne manquera pas non seulement de lui emboîter le pas et surtout, le tuer dans l’oeuf.

Si vous ne connaissiez pas la marque Wagner, voilà qui devrait éclairer votre lanterne. Wagner, c’est en quelque sorte le géniteur du tracteur articulé tel que nous le connaissons depuis plus de 70 ans. La marque issue de l’univers du BTP, fabricant d’engins industriels, de machines à béton, de chargeuses et d’engins forestiers n’aurait jamais pensé que son concept puisse perdurer et devenir une tête de gondole, une vitrine pour chaque tractoriste généraliste qui se respecte. 

Si le sujet du jour concerne la reproduction échelle 1/32ème par ERTL de l’un des modèles qui a le plus été vendu, le WA14, profitons en pour vous raconter son histoire, en bas de page.

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 La boîte 

Dans la lignée des modèles exotiques proposés par l’américain ERTL (marque du groupe TOMY) depuis des décennies, à l’image des fameux modèles du « National Farm Toy Show », la boîte de ce modèle est fermée et ne laisse pas transparaître son contenu. Ceci-dit, celle-ci est originale, robuste et reprend la charte graphique des brochures Wagner. On distingue le modèle réduit qu’il cache sur deux faces, couronnées du label « Collectors Club ERTL ».

Au fil du temps, le club de collectionneurs ERTL – marque née aux Etats Unis en 1945 – a été créé pour proposer des modèles spéciaux. En 2018, il a été relancé en tant que plateforme en ligne pour l’achat de miniatures de collection. On y trouve des tracteurs agricoles, des engins de chantier et même des coffrets uniques composés de plusieurs répliques. Parmi les modèles proposés, des pièces variées et des éditions limitées qui n’ont pas pour vocation être rééditées une fois écoulées. Si le club est accessible gratuitement, le site ne semble pas être mis à jour fréquemment. Ce Wagner WA14 par exemple n’est pas affiché disponible alors qu’il est vendu depuis peu. 

Pris en sandwich par deux blisters en plastique transparent, le modèle est bien maintenu. La boîte ne contient aucun document lié au club ERTL ou de certificat, comme on peut en disposer avec d’autres modèles de la marque.

 Le modèle 

Si vous connaissez les modèles ERTL, vous savez à quoi vous attendre. Le WA14 ne déroge pas à la tradition du châssis-cabine moulé en sandwich, dont les deux parties – hier rivetées, aujourd’hui vissées – maintiennent les éléments cosmétiques, le capot monobloc, les filtres, le pot d’échappement, les marche-pieds et autres accessoires. En matière de construction, peu de choses changent chez ERTL depuis ses origines, si ce n’est le prix qui ne cesse de croître plus vite que la finition. C’est là que le bas blesse, ce WA14 atteint 115 dollars US chez les revendeurs américains. Non importé officiellement par Tomy en Europe, il faut alors se tourner vers une poignée de revendeur qui doivent impacter les frais de port et taxes de dédouanement pour les afficher entre 150 et 200 euros. 

ERTL vise les collectionneurs avec un modèle qui inspire plutôt l’univers du jouet. Les accessoires sont en plastique teinté dans la masse (sauf le pot d’échappement et la grille chromée du climatiseur) qui dénotent face à la peinture générale orange qui semble trop vive, appliquée sur les pièces en métal Zamac. C’est encore plus flagrant sur le premier Wagner commercialisé il y a deux ans, le WA17 jaune. 

Seule l’articulation est fonctionnelle. Et encore, prévoyez un État grand comme l’Oregon pour manoeuvrer l’engin vu le peu de débattement offert par les deux vérins, encapsulés dans le châssis. N’espérez pas ouvrir le capot ou la porte de cabine, ni même pivoter la chape d’attelage, ils sont fixes. Aucun axe n’a été prévu pour atteler un outil. De toute manière, rares sont les outils tractés à être commercialisés à cette échelle. L’épaisseur des petits carreaux laisse à peine deviner le contenu de la cabine, les commandes de distributeurs en position haute et le volant exagérément surdimensionné.

Pourtant, malgré nos remarques, on doit vous avouer une chose; c’est que nous les aimons ces modèles ERTL exotiques, fabriqués à l’ancienne. Ils nous rappellent les productions des années 90. Seul ERTL est capable de nous proposer des pièces aussi originales depuis plus de 30 ans, à l’image de ce Wagner et leurs déclinaisons John Deere. Des tracteurs que le commun du mortel ne verra jamais de sa vie, à moins d’aller se perdre dans les contrées lointaines d’Amérique du Nord.

Mais nos attentes grandissent à mesure que la concurrence progresse et se surpasse pour nous proposer des pièces détaillées, fonctionnelles mais sans doute bien plus fragiles. A plus de 115 dollars le modèle, hors frais d’importation, on est en droit d’exiger plus de finesse dans les détails et un châssis-cabine monobloc. 

La note FARM CONNEXION

Finition
Réalisme
Facilité d'attelage
Prix

On ne change pas une recette qui marche

Une finition et un réalisme qui ne sont pas à la hauteur de l'histoire incarnée par Wagner, le pionnier de l'articulé. A ce niveau de prix, ça devient de plus en plus difficile à accepter.

Les points positifs +
Les points négatifs –
  • Originalité
  • Robustesse 
  • Graphismes de la boîte
  • Finition trop brute
  • Peinture orange trop vive
  • Le prix !

 Fiche technique 

Fabricant ERTL (groupe TOMY)
Modèle Wagner WA14
Collection Collectors Club ERTL
Échelle 1/32 ème
Poids 875 grammes
Matériaux Zamac, plastique, caoutchouc
Prix 115$ aux Etats Unis
Référence SKU 16527
Année de production Mars 2026

 L’histoire de Wagner 

En 1949, les sept frères Wagner, originaires de Portland (Oregon), commencèrent à expérimenter un tracteur à quatre roues motrices dont la direction était assurée par des vérins hydrauliques agissant sur une articulation située derrière la transmission et devant le différentiel arrière. Sous l’impulsion d’Elmer, les frères s’associèrent à J. Burke Long fondent la Wagner Tractor Company en 1954, devenant ainsi le premier fabricant de tracteurs articulés agricoles à quatre roues motrices. Dès ses débuts, leur invention, commercialisée sous le nom de TractorMobile, fut déclinée en trois modèles : le TR-6 (105 ch), le TR-9 (120 ch) et le TR-14 (175 ch) avec des moteurs Waukesha, avant de passer en Cummins.

Le succès commercial de Wagner au cours des sept années suivantes attira l’attention de la Four Wheel Drive (FWD) Corporation de Clintonville (Wisconsin), fabricant d’engins tout-terrain robustes. FWD Corporation (pour « Four Wheel Drive », soit Quatre Roues Motrices en anglosaxon) racheta en 1960 Wagner et créa une division tracteurs, FWD Wagner, qui poursuivit la production et la commercialisation de l’innovation des frères Wagner. C’est à ce moment là que les engins passent de l’orange au jaune et arborent le logo FWD Wagner. (ndlr: ce qui a une certain importance concernant le modèle réduit, puisque celui-ci est encore orange mais reçoit déjà la désignation FWD Wagner). FWD Wagner revend dans le milieu des années 60 sa division agricole à Raygo Corporation dans le Minnesota, un fabricant de rouleaux compacteurs cherchant à se diversifier. 

Le succès de FWD Wagner attira à son tour l’attention de John Deere, dont l’échec commercial et technique des 8010 et 8020 (lire l’article) conduit la marque, pressée de rattraper le temps perdu à se rapprocher d’un partenaire pour compléter son offre sans grand coût. Ce sera avec FWD Wagner que  John Deere signe en 1968 un contrat de production exclusif. Il était convenu que FWD Wagner produise 100 modèles WA14 et WA17 aux couleurs John Deere, pour le réseau de distribution de ce dernier. 

Les nouveaux tracteurs sont identiques aux WA jaunes. Le WA14 reçoit un 6 cylindres Cummins N855C1 atmosphérique tandis que le WA17 est turbocompressé, de façon à passer de 225 à 280 chevaux. L’aventure entre les deux constructeurs sera de courte durée. John Deere Deere met fin à son accord avec FWD Wagner en 1970 alors qu’il n’avait été produit que 51 tracteurs. Conformément au contrat, FWD Wagner n’était pluss autorisé à vendre de tracteurs pendant cinq ans. Cette décision a sonné le glas des activités de Wagner. Les concessionnaires Wagner se retrouvèrent alors sans tracteurs à vendre. Nombre d’entre eux se tournèrent vers d’autres marques. Certains fermèrent boutique. D’autres se lancèrent dans la création de leurs propres tracteurs ou la remise à neuf d’anciens tracteurs Wagner. Big Bud et Rite sont ainsi nés suite à l’arrêt des tracteurs Wagner.

Les collectionneurs de tracteurs Deere ont généralement tendance à considérer les tracteurs Wagner comme des machines bricolées à partir de pièces de camions et construites dans l’Oregon, loin de toute usine John Deere. C’est globalement vrai, mais les tracteurs Wagner méritent une meilleure reconnaissance pour l’histoire qu’ils incarnent. Leur construction était d’une robustesse exceptionnelle. Fabriqués presque entièrement en acier, ils étaient conçus dans les règles de l’art, avec la réelle volonté de les faire durer autant que possible. Wagner savait après tout, que ses tracteurs seraient utilisés pendant des milliers d’heures, tirant d’énormes outils profondément enfouis dans le sol sans faillir. La plupart des tracteurs Wagner, y compris ceux vendus par John Deere, sont d’ailleurs toujours en vie. C’est dire à quel point ils étaient bien construits.

Ces tracteurs ne figurent pourtant pas parmi les machines les plus recherchées par les collectionneurs à l’heure actuelle, mais avec le temps, les histoires liées à Wagner et ses relations, même si elles l’ont conduites à sa perte font que les 23 exemplaires du WA14 et 28 WA17 suscitent un intérêt grandissant, peu importe l’échelle !

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